Nous sommes nombreux à constater que se soigner, dans ce territoire intermédiaire entre Normandie et Perche, relève parfois du défi. Depuis une quinzaine d’années, l’organisation des soins de proximité a profondément évolué : fermeture de cabinets isolés, départ en retraite de certains médecins, difficulté de trouver un spécialiste sans changer de vallée. Pourtant, les maisons de santé et centres pluridisciplinaires ont vu le jour, souvent portés par l’énergie commune de collectivités, de soignants et d’habitants soucieux de garder vivante une présence médicale là où elle faiblissait.
Ce maillage, même s’il reste perfectible, façonne aujourd’hui une nouvelle manière de se repérer sur le territoire : les maisons de santé s’étendent, accueillant médecins généralistes, infirmiers, kinésithérapeutes voire psychologues sous un même toit. Ces lieux ne sont pas de simples bâtiments, mais des points de rencontre où s’exprime la vitalité d’un pays. Les recenser permet d’abord de mieux comprendre la géographie du soin, pour s’orienter ou accompagner un proche.
Le Pays d’Avre, Eure et Iton s’étend sur plusieurs cantons ruraux, du sud de l’Eure aux portes du Perche et de la Beauce. Les maisons de santé s’y déploient selon la topographie des vallées et les axes de circulation. On en recense aujourd’hui plusieurs, dont certaines salles de soin jouent un rôle de véritable pivot pour plusieurs villages alentours.
| Nom | Adresse | Spécialités | Horaires d’ouverture type | Contact |
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| Maison de Santé Pluridisciplinaire de Verneuil d’Avre et d’Iton | 17 rue de la Petite Vitesse, 27130 Verneuil d'Avre et d'Iton |
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Lundi au samedi (horaires selon praticiens) | 02 32 32 70 00 |
| Centre Médical de Nonancourt | 3 cours Pasteur, 27320 Nonancourt |
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Lundi au vendredi | 02 32 58 09 81 |
| Maison de Santé Pluridisciplinaire de Breteuil-sur-Iton | Place du Dr Huguenot, 27160 Breteuil-sur-Iton |
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Lundi au samedi | 02 32 29 38 73 |
| Maison de Santé Pluridisciplinaire de Damville/ Mesnils-sur-Iton | 2 rue du Clos Bel, 27240 Mesnils-sur-Iton (Damville) |
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Lundi au vendredi | 02 32 36 96 18 |
| Pôle de Santé Rural de Saint-Lubin-des-Joncherets | Rue de la Gare, 28350 Saint-Lubin-des-Joncherets |
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Lundi au vendredi | 02 37 48 18 96 |
On constate que les plus grandes communes du territoire, à l’instar de Verneuil d’Avre et d’Iton, Breteuil, Nonancourt et Saint-Lubin-des-Joncherets, disposent désormais d’une structure pluridisciplinaire, parfois ouverte à des professionnels paramédicaux ou sociaux. Les équipes sont plurielles et la coordination s’étend parfois entre plusieurs sites, pour garantir une continuité des soins.
Les maisons de santé pluridisciplinaires ne sont pas de simples relais médicaux. Elles reflètent l’histoire d’un pays qui, longtemps, a dû composer avec l’isolement des campagnes et la mobilité fluctuante des population. Autrefois, le cabinet du médecin (souvent unique dans nos bourgs) se trouvait au coin d’une place ou derrière la mairie. Désormais, l’on privilégie des lieux regroupant plusieurs compétences, où l’échange entre soignants permet de mieux accompagner les plus jeunes comme les personnes âgées.
Ainsi, la présence d’une sage-femme à Damville et à Verneuil traduit l’évolution des besoins locaux, la proximité avec les écoles et collèges explique l’implantation d’orthophonistes et de psychomotriciens, quand, à Saint-Lubin ou Nonancourt, les dentistes côtoient généralistes et kinésithérapeutes. Les périodes de pandémie de Covid-19 (2020-2021) ont aussi accéléré la création de coordinations ville-campagne : des dispositifs de téléconsultation existent désormais dans certains centres, notamment à Breteuil et Verneuil, pour maintenir un accès au soin malgré la distance ou le manque ponctuel de praticiensARS Normandie.
Dans ces paysages de vallées, l’enjeu n’est pas toujours la quantité de professionnels mais leur répartition concrète. Un habitant de Saint-Christophe-sur-Avre ou de Bourth n’a pas forcément accès à un médecin sans voiture ou transport, alors que certains villages sont en limite de département ou à l’écart des grands axes. Les maisons de santé tentent alors de jouer le rôle de centre d’attraction, parfois associé à une pharmacie, à des permanences associatives ou à des dispositifs d’aide à la mobilité (taxis conventionnés, transport à la demande).
À noter que les marchés hebdomadaires, la présence d’un laboratoire de biologie médicale (par exemple à Verneuil ou Dreux), ou encore les tournées d’infirmiers libéraux, constituent des relais importants pour les soins du quotidien en dehors des maisons de santé, gardant ainsi la proximité chère aux habitants dans ces territoires traversés par l’Avre, l’Eure et l’Iton.
Malgré l’ancrage de ces structures, le bassin de l’Eure et de l’Avre n’échappe pas à la réalité du “désert médical”. Selon l’Ordre des Médecins et l’ARS, la densité de médecins généralistes dans la région demeure inférieure à la moyenne nationale : en 2023, le département de l’Eure comptait environ 89 praticiens pour 100 000 habitants, contre 113 au niveau nationalSource : Conseil départemental de l’Ordre des Médecins de l’Eure.
Ce contexte explique le phénomène, fréquent dans le pays, du “médecin traitant indisponible”, qui oblige à s’inscrire sur des listes d’attente ou à contacter la régulation du 116-117 (numéro national de permanence des soins). Plusieurs initiatives sont soutenues par les communautés de communes, comme la création de maisons médicales de garde (notamment à Verneuil et Breteuil, pour les soirs et week-ends).
Les communes, souvent appuyées par le Conseil régional et l’ARS, travaillent à maintenir ou créer ces centres en mutualisant les moyens, offrant parfois des conditions d’accueil attractives pour inciter de jeunes praticiens à s'installer. Le recours à la télémédecine, dont l’expérimentation a débuté à l’hiver 2021 dans certaines communes rurales, s’avère une solution complémentaire, bien que la demande pour une présence physique du soignant reste très forte, notamment auprès des personnes âgées ou isolées.
Il est à noter que dans certains hameaux ou petites communes, la visite à domicile reste coutumière, particulièrement pour les soins infirmiers et la kinésithérapie. Les équipes mobiles de santé mentale ou les assistants sociaux interviennent également par relais depuis les maisons de santé.
Si l’on arpente les chemins du côté de la Vallée de l’Avre, les maisons de santé témoignent de la lente recomposition des villages ruraux. Elles redessinent la vie locale en devenant parfois un point d’entrée vers d’autres services : relais petite enfance, espace de prévention, consultations mémoire, ateliers seniors ou groupes de parole. À Verneuil mais aussi Damville, l’arrivée progressive de nouvelles professions et l’accueil de stagiaires (internes en médecine, jeunes kinésithérapeutes) ouvrent la voie à une dynamique de renouveau, même si les difficultés de recrutement persistent.
À l’échelle du territoire, l’accès au soin devient une question collective, ancrée dans ce qui fait l’identité de nos vallées : la solidarité entre villages, l’attention portée aux personnes isolées, mais aussi l’inventivité locale pour répondre, selon les saisons, aux attentes de chacun. Le tissu de soins de l’Avre, de l’Eure et de l’Iton tient, non par l’abondance, mais par la continuité et la proximité, cette nécessité d’être “là”, sur place, à l’écoute des besoins, dans une terre qui conjugue hospitalité à la discrétion de ses paysages.
À chacun d’arpenter, de s’informer, voire de pousser la porte d’une maison de santé comme on le ferait d’un sentier connu : par curiosité, par nécessité ou simplement pour mieux connaître ce pays qui, derrière la tranquillité de ses vallées, n’a jamais cessé de veiller sur les siens.
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